EICHLER, Glenn, LEWIS LYNN, Susie, Daria, 1997
La revoir fut comme un soulagement. Un nouveau lien avec le passé  toujours aussi réconfortant. En ce moment se joue une période calme et amusante ;  jeudi, dans cette salle de classe, l’odeur de cigarette devenait parfum,  comme lors de ces soirées folles où les danses nous rapprochaient. Je  me plais à rêver d’amitiés parallèles, de chemins quotidiens à vélo sur  les feuilles craquelées, de chambres tapies de pubs et de posters. Une  manière de vivre beaucoup plus libérée avec le sentiment de pouvoir à  accéder à tout.

EICHLER, Glenn, LEWIS LYNN, Susie, Daria, 1997

La revoir fut comme un soulagement. Un nouveau lien avec le passé toujours aussi réconfortant. En ce moment se joue une période calme et amusante ; jeudi, dans cette salle de classe, l’odeur de cigarette devenait parfum, comme lors de ces soirées folles où les danses nous rapprochaient. Je me plais à rêver d’amitiés parallèles, de chemins quotidiens à vélo sur les feuilles craquelées, de chambres tapies de pubs et de posters. Une manière de vivre beaucoup plus libérée avec le sentiment de pouvoir à accéder à tout.

Des crevasses, un pseudo-accident, de la peur. Une attente folle, le froid, la délivrance, enfin. Des clémentines. Des cris en jouant à Band Hero. Du repos devant les téléfilms de l’après-midi, de la lecture. Des vaches, une chatte à la robe écaille de tortue. De la bonne nourriture, des nuits confortables. De la technologie dans tous les coins. Des hurlements comme chansons, des perruques folles, des danses insensées. Le retour à la vie normale.

(moi), Now Dead, décembre 2011.

Le rêve où se côtoyaient les extrêmes. Un instant il fait clair, frais, les épis de blé se mêlent à l’herbe humide ; un autre il fait nuit, les parfums sont lourds, et tout semble sali. Je traverse des villages à bord d’un train. Aux côtés du conducteur, nous semblons oublier les rails pour passer d’un endroit à un autre. Certaines routes sont semblables à celles arpentées dans le passé, en Espagne ; je reconnais les murs de pierre et cette impression de bout du monde. La lumière apparaît soudain à nouveau, et un objet inconnu descend du ciel pour se déposer face à la bâtisse du numéro 4 de la rue. Nous échangeons des regards inquiets et préférons continuer notre chemin. Je reviens finalement sur mes pas, ne cessant de me répéter les mêmes interrogations. Dans ma tête — ou au loin, je ne sais pas — j’entends des voix comme celles des flash info. “On aurait trouvé des corps à l’intérieur de l’objet. Un liquide gris coule le long des parois ; nous ne savons pas encore à quoi nous avons affaire.” Je ne sais pas si je dois appeler la police ou des gens proches. C’est l’inquiétude et la peur la plus profonde qui parle pour moi.

Réveil.

J’ai d’abord trouvé ça ringard ; ça sonnait comme un vieux disco, et le fait de marcher involontairement en rythme me mettait mal à l’aise face aux éternels dévisageurs. Et puis il y a eu comme une fumée envoutante ; encore maintenant, je suis persuadée que l’instant a duré le temps d’une douche brûlante.

Cette gare cache dans ses carreaux des moments doux/fous d’autrefois. J’imaginais alors prendre un de ces voyageurs par la main pour partir valser au milieu des quais. J’éprouvais la même sensation que lorsque je tourne un peu trop vite sur moi-même ; euphorie semblable à un raz-de-marée qui te fait éclater de rire sans raison. Une pression sourde s’exerce alors, partant d’abord de la tête pour venir pincer ensuite les doigts. Près de la nuque, un frisson dont le bruit évoque un jus d’orange pétillant se fait sentir.

“Train à l’approche.”

J’essaye de tenir au mieux durant l’automne aux côtés de Fiona Apple.

Fréquemment, mes yeux profitent de spectacles incroyables durant mes trajets en train. Du côté des Vallées, il y eut cette pluie qui semblait tout purifier ; les épaisses gouttes glissaient sur l’asphalte et sublimaient le paysage couleur vert d’eau. Ça sentait la fin d’après-midi ; celui durant lequel émane de la cuisine une odeur de cookies fraîchement préparés.

En ce moment, on peut encore profiter de la vue des nombreuses feuilles récemment tombées, formant à divers endroits de nombreux tas qui n’attendent que les coups de pieds de jeunes enfants. Les miens, aussi.

Journée attendue, surprise en traversant l’avenue.

Le vent m’effleurait par petites touches, tentant de s’enfoncer à travers les fibres de mon écharpe. La température était parfaite ; c’est sans doute elle qui m’a poussé à lever les yeux et à me revoir six ans en arrière.

Aujourd’hui, c’est un bus plein à craquer alors que la nuit ne s’est pas encore évaporée. Plus tard, j’admire le film qui m’est proposé par le ciel illuminant le port de Gennevilliers. L’or et le mauve s’y fondent et coulent sur les nombreux conteneurs ; sorte de poésie industrielle qui n’aura de sens qu’une heure seulement.

La rentrée fut douce.

Dehors, ça sent la braise que j’imagine encore incandescente ; un subtil mélange de transparence et de tons couleur lave.

Comme d’autres, j’accueille à nouveau avec difficulté ces journées qui tirent trop vite leur révérence. À peine le repas terminé qu’il est maintenant temps de fermer les volets ; le triste rituel va bientôt pouvoir recommencer.

Saurai-je m’intégrer réellement une fois pour toutes ? Profiter pleinement de ces choses concrètes en face de moi ? Rien n’est jamais acquis ; aussi vais-je devoir continuer à jouer l’acrobate. Je ne dois pas lâcher prise.

JE NE DOIS PAS LÂCHER PRISE.

Je revois des traînées de peinture dans un verre d’eau. Des après-midis avec les copains, passés sous la pluie d’une fin d’hiver (le quartier est gris, la journée au collège est finie). Les conversations adolescentes près de l’abribus ; de fins points de lumières venant éclairer la nuit par petites touches (je me remémore ces moments où, après avoir fini mes cours, j’apercevais dans le bus ce grand “jeune”, de style un peu gothique, peu commun). Les décorations de fin d’année fleurissant sur les façades des bâtiments et les lampadaires.

Des images éparses qui me retournent chaque fois l’estomac et me renvoient à ce manque que je semble fréquemment ressentir. Une envie de se blottir dans ces souvenirs réconfortants mais qui ne voudraient pourtant plus rien dire aujourd’hui ; je sais bien que “la boucle est bouclée”. Pourtant, je cours sans cesse vers ce passé qui m’a semblé grand, espérant que le futur ait lui aussi un sens.

"Ils emportaient un sac de plage lesté de leur “engin”. Il pleuvait : une pluie mouillée dont les grosses gouttes éclataient tels des fruits mûrs."

DARD, Frédéric (San Antonio), La nurse anglaise, 1996.

“A New Beginning”

Je retiendrai surtout l’enfance, les traits doux, et la peau laiteuse.

Bouleversée, je l’ai été quand il fut question d’évoquer ces souvenirs anciens. Les images se diluaient pour former des flots de pensées parfois incohérents.

Un nouveau coup de foudre et le cœur qui semble se tordre. C’est maintenant la fin, difficile mais réconfortante…

Ils sont morts. Mais pas en vain.